AFP/AFP/Archives – Michel Drucker, le 11 décembre 2012
Modèle de longévité à la télévision, l’animateur Michel Drucker, qui fête mardi ses 50 ans de carrière, a traversé les époques, devenant une figure de « vieux sage » rassurant pour des téléspectateurs vieillissants dans une époque où tout s’accélère, selon le sociologue Denis Muzet.
Interrogé par l’AFP, le fondateur et président de l’Institut Médiascopie, revient sur le succès du présentateur de 72 ans, qui officie sur le petit écran depuis 1964.
QUESTION: Comment expliquez-vous la longévité de Michel Drucker?
REPONSE: « Le téléspectateur a besoin de référents, d’anciens: des totems inamovibles. Il s’agit de personnages stables, constants, des repères dans un monde bouleversé, ils ont de l’autorité, ce que n’ont plus les hommes politiques.
On a besoin de vieux sages, qui rassurent par leur capacité à traverser les temps, qui tiennent la barre, dans un monde dans lequel les produits, l’information sont dans un cycle rapide, qui s’est accéléré. Ce sont des sortes de « super papys » ou de « super mamies ».
On voit des octogénaires, des nonagénaires extrêmement verts. On a l’âge de ses projets, s’il est plein de projets, il peut encore exercer une vingtaine d’années. L’espérance de vie augmente, ça s’applique à tout le monde : l’audience de la télévision vieillit. Une large partie du public de Drucker a vieilli avec lui… même si à de tels niveaux d’audience, de nouveaux téléspectateurs se sont agrégés, certes pas parmi les plus jeunes, parce qu’il y a une fracture, un décrochage avec la génération internet qui regarde peu la télévision sous sa forme traditionnelle. »
Q: Est-ce parce qu’il est lisse qu’il parvient à se maintenir à l’antenne?
R: « Il n’est pas lisse, c’est un médiateur. Michel Drucker n’est pas dans le modèle de la controverse ou de la polémique : il prend ce qu’il entend. Il ne va pas chercher la petite faute, la petite phrase, contrairement au modèle actuel et anxiogène des médias, ce qui est plutôt relaxant. C’est un peu l’équivalent de Jean-Pierre Pernaut dans le 13H, il a un caractère consensuel, ce qui plaît, les gens ont besoin de « positif ».
Son talent, c’est d’être un entrepreneur avec toute une équipe qui travaille pour lui pour préparer ses émissions. Il est au service du spectacle qu’il offre, alors qu’il y a souvent chez les animateurs une forme d’arrogance, d’agressivité. Lui est quelqu’un d’extrêmement sympathique, on l’atteint de plain-pied, il ne se place pas sur un piédestal. »
Q: Y a-t-il d’autres cas comme lui?
R: « Léon Zitrone, Guy Lux, Jacques Martin ont, eux aussi, fait preuve de longévité à la télévision, mais ils ont exercé à une autre époque, à la naissance de la télévision, quand il n’y avait pas une hyper-compétition.
C’est un milieu dans lequel la notion de retraite n’a pas beaucoup de sens. Quand on est animateur ou anchorman, on a l’ivresse du pouvoir, on ne veut pas s’arrêter.
Drucker a battu tous les records de longévité, il a d’autant plus de mérite qu’il subit à chaque rentrée les assauts de tous les jeunes qui veulent aussi leur part du gâteau. Et pourtant il ne s’accroche pas à son fauteuil.
On sent chez lui qu’il a de la vitalité, qu’il est tout le temps en train de rebondir. C’est un modèle de développement personnel qu’envient beaucoup de téléspectateur qui se disent « voilà un modèle d’éternité, indifférent au temps qui passe ». Il fait ce qu’on devrait tous être ou faire: il fait du sport, il s’entretient, il se couche tôt. Il a un bel avenir devant lui. »
Propos recueillis par Marie GIFFARD.